Psychologue-Psychothérapeute


Luce JANIN DEVILLARS vous parle des Psy


L’histoire de la psychologie remonte à l’antiquité, de la Grèce antique à la Chine, l’Inde, le monde arabo-musulman… Une période durant laquelle la philosophie disait tout de l’homme, et de sa capacité à donner du sens à sa vie, à la changer, à faire émerger le meilleur de lui-même. C’est à partir de la fin du XIXe siècle que la psychologie prend son autonomie, se sépare de la philosophie pour se médicaliser, s’expérimenter, devenir plus scientifique. Entre psychologue, psychothérapeute, psychanalyste et psychopraticien, il y a de quoi s’emmêler les neurones. Comprendre les étiquettes Psy, c’est saisir plus précisément ce que chacun peut apporter, en fonction de ses compétences, et de vos besoins.


Le psychologue


Le psychologue – titre reconnu par l’état depuis 1985 – a effectué un cursus universitaire de cinq ans et a obtenu un master professionnel qui lui permet d’exercer ou de faire de la recherche en psychologie. Ses champs d’action : la psychologie clinique – Il peut intervenir sur l’individu comme sur la famille, les enfants, le couple, le travail, accompagner un sujet en dépression – la neuropsychologie. Comme le psychothérapeute et le psychanalyste, il n’est pas habilité à prescrire un traitement médicamenteux.

Pourquoi ?

Le psychologue vous aide à mieux comprendre les mécanismes psychiques :  la dépression, l’anxiété, les phobies, la gestion de la souffrance, du stress et de la colère, les comportements divers, les difficultés psychologiques associées à la maladie, le comportement criminel, l’aide aux victimes, les addictions comme le tabagisme, l’alcoolisme ou la consommation de drogues ou encore les relations de couple, les problèmes de famille. Ou à surmonter un évènement traumatisant.

Comment ?

Certains psychologues restent plutôt dans un rôle de conseil. Grâce à des interrogations ou à des tests, ils peuvent constituer un préalable à une psychothérapie et vous orienter au mieux. Mais, la plupart assurent aussi des psychothérapies.

Le psychologue, un analyste du comportement humain – à consulter en cas de doute sur l’orientation à prendre.


Le psychothérapeute


Conformément à la loi d’août 2009 et au décret de août 2010, le titre est rigoureusement encadré. Si certains psychothérapeutes sont également psychiatres ou psychologues, tous ne le sont pas. Le psychothérapeute a toutefois validé une formation de cinq ans minimum ainsi que cinq mois de stage professionnel dans un établissement public ou privé. Les psychologues ou les psychiatres, ils peuvent faire la demande du titre aux agences régionales de santé. Comme le psychologue ou le psychanalyste, le psychothérapeute n’est pas habilité à prescrire un traitement médicamenteux.

Pourquoi ?

Vous souffrez de troubles psychologiques, sociaux ou psychosomatiques et vous souhaitez faire une psychothérapie sur une durée courte, ou longue. La psychothérapie traite vos difficultés psychologiques, comportementales, sexuelles ou d’origine psychosomatique par le psychisme. Votre psychothérapeute vous aide à maîtriser vos émotions, à affronter un mal-être,  une rupture amoureuse, une phobie, une addiction, un traumatisme, un deuil, une déprime.

Comment ?

Indépendamment de tous les sujets que vous pouvez aborder avec lui, le psychothérapeute s’attache à comprendre le pourquoi de vos troubles, à guérir les symptômes en travaillant sur vos comportements à l’aide de techniques reconnues pour leur efficacité : analyse bioénergétique, gestalt-thérapie, psychodrame, analyse transactionnelle – AT – hypnose ericksonienne. Certains psychothérapeutes utilisent plutôt les thérapies brèves ou TCC – thérapie cognitive et comportementale – ou TCCE – thérapie cognitive, comportementale et émotionnelle. Celles-ci répondent plutôt au traitement d’un problème spécifique comme une phobie ou une addiction. C’est notamment le cas de la PNL – Programmation neurolinguistique.

Il peut également vous guider dans l’exploration de votre inconscient au moyen d’une technique particulière, la psychanalyse.

Les consultations se déroulent en individuel et en face à face ou en groupe.

Le psychothérapeute, un soignant de l’esprit et de l’âme : à consulter plus ou moins longuement en fonction de votre besoin.


Le psychanalyste


Le psychanalyste vous aide à mieux vivre grâce à un travail initiée par un neuropsychiatre autrichien Sigmund Freud : la cure. Cette technique vous permet d’explorer votre inconscient pour essayer de résoudre les conflits qui remontent à votre enfance, et pèsent sur votre existence. Comme le psychologue ou le psychothérapeute, il n’est pas habilité à prescrire un traitement médicamenteux.

Pourquoi ?

Comme les autres pratiques, la psychanalyse est un procédé d’investigation des processus psychiques. Elle permet d’explorer l’inconscient – en profondeur- afin de réduire ou de faire disparaître les troubles de la personnalité et du comportement. Quand vous parlez, votre psychanalyste vous aide à pointer les lapsus, les blancs, les mots pour un autre, les oublis qui émaillent votre discours. Elle utilise aussi les rêves nocturnes comme les rêves diurnes, vos fantasmes, pour vous permettre d’accéder à cette terra incognita que constitue votre inconscient. La cure psychanalytique ne nécessite pas forcément d’avoir un problème à régler. Elle peut constituer une sorte de « nettoyage » personnel en ouvrant à une hygiène de vie. Elle est recommandée, voire exigée pour tous les praticiens de la relation : coach, assistants sociaux, infirmières, médecins.

Comment ?

Le psychanalyste entretient une relation particulière avec son patient, une psychanalyse pouvant durer quelques semaines, ou plusieurs années. Pour pouvoir vous aider, il a besoin de comprendre votre cheminement psychique, de gagner votre confiance mais aussi de vous faire confiance. Ce lien s’accompagne de règles éthiques entre lui et vous : tout peut être dit mais le passage à l’acte est interdit.

Les consultations se déroulent en face à face ou allongé.

La cure est individuelle et peut durer de quelques mois à quelques années. Cependant, certains analystes proposent des thérapies de groupe fondées sur le modèle de la psychanalyse.

Le psychanalyste, un explorateur de l’inconscient – à consulter pour, selon les propos de Freud lui-même : Etre en mesure d’aimer et de travailler.


Le psychiatre


Le psychiatre est un médecin qui a fait une spécialisation après avoir terminer ses études de médecine. Il a suivi un enseignement supplémentaire de quatre ans sur les troubles d’ordre psychologique et surtout psychiatrique. En sa qualité de médecin, il peut procéder à des examens et faire un diagnostic. Il est également en mesure de vous prescrire un traitement médicamenteux à base de psychotropes – antidépresseurs, anxiolytiques, antipsychotiques – ex-neuroleptiques – somnifères etc. Il vous suit et ajuste votre traitement en fonction des résultats.

 Pourquoi ?

Vous souffrez de troubles psychologiques, sociaux, psychosomatiques ou psychiatriques : Dépression légère, modérée ou majeure, psychose, troubles bipolaires, addictions.

 Comment ?

Indépendamment de tous les sujets que vous pouvez aborder avec lui, le psychiatre est en capacité de vous soigner par un traitement médical mais s’il est psychothérapeute – ce qui est un plus – il peut alterner psychothérapie et prescription de médicaments. Certains psychiatres ont abandonné la prescription de médicament et se consacrent à l’écoute avec la psychanalyse ou d’autres pratiques – hypnose, EMDR.

Le psychiatre, un médecin de l’esprit et du corps – à consulter si vous perdez pied.


Le psychopraticien


Conformément à la loi d’août 2009 et au décret d’août 2010, c’est un psy qui peut vous aider à y voir plus clair dans votre vie, à mettre un nom sur ce qui vous rend la vie difficile et sur ce qu’il faut faire pour l’améliorer. Comme le psychologue, le psychothérapeute ou le psychanalyste, il n’est pas habilité à prescrire un traitement médicamenteux.

Pourquoi ?

Il peut apporter une approche complémentaire à votre psychologue, à votre médecin traitant, à votre psychiatre en charge de vous suivre sur le plan médical. Il peut-être un bon soutien lors d’une période difficile et/ou vous aider à modifier un trait de votre personnalité qui obscurcit votre vie. Mais vous pouvez aussi vous engager avec lui dans un travail d’accompagnement qui sera plus ou moins long en fonction de vos besoins et de vos difficultés.  

Comment ?

En fonction de son domaine d’expertise – il vous aide à trouver votre chemin, à améliorer votre relationnel, à sortir d’une situation répétitive, d’une déprime, d’une addiction légère, à trouver l’âme sœur.

Les consultations se déroulent en individuel et en face à face ou en groupe.

Le psychopraticien, une aide à la prise de conscience et au développement personnel.


Ce qui est propre à tous les psy


Attention où vous mettez votre psychisme ! Les formations peuvent être différentes selon chaque psy. Comme dans tout métier, il y a des professionnels performants, et d’autres moins. Cependant, ce qui fait la vraie différence c’est surtout, au moment de la rencontre, ce qui se passera entre vous et lui en termes de ce que Freud nommait le transfert. Soit la capacité mutuelle à se sentir bien ensemble, à se faire confiance.


La méthode – la culture – la confiance 

En effet ce qui soigne, c’est la relation et non la méthode Votre psy doit posséder un esprit d’analyse et de synthèse, une capacité d’écoute, un esprit créatif, une bonne culture, à la fois générale et spécifique à sa profession, une grande qualité d’écoute et une expérience de vie, on ne s’instaure pas psy au sortir de la fac ou d’une école professionnelle. Outre ses études, un psy a d’ailleurs fait un travail personnel, généralement une psychanalyse, avant de s’installer.

La confiance en votre psy est un gage pour avancer, se débarrasser de ce qui vous freine, vous encombre, vous empêche d’être plus libre et plus heureux.

Sachez attendre de lui qu’il vous surprenne, qu’il vous bouscule et vous fasse sortir de votre doute, ou de vos croyances. Quel que soit le professionnel choisi, votre travail personnel ne sera pas forcément une récréation, une séance de « bisounours ». Il y aura des moments de soulagement, de légèreté et des temps plus sombres. Sachez aussi que si le praticien vous aide, c’est vous qui trouvez votre chemin. 


Les techniques les plus répandues

Pour qu’il puisse pratiquer des psychothérapies, le psy a suivi une formation complète – théorie et pratique – aux méthodes reconnues pour leur efficacité. En quelques mots :

Gestalt-thérapie

Elle s’inscrit dans le cadre de la psychologie humaniste et existentielle qui vise à développer l’autonomie, la responsabilité et la créativité par une vision globale de l’humain en établissant un dialogue entre la pensée, l’émotion et les sensations corporelles.

Analyse bioénergétique

Une méthode psychocorporelle qui implique le corps autant que le psychisme. Elle vise à rétablir la circulation énergétique bloquée par des conflits infantiles non résolus, afin de retrouver une maturité affective, relationnelle et sexuelle.

Analyse transactionnelle – AT

Une théorie de la personnalité inventée par Eric BERNE – psychiatre américain, 1910-1970 – Elle implique de mettre en relation le rapport social et la communication afin de produire un changement personnel, psychosocial et organisationnel. C’est une grille de lecture du comportement et un processus responsabilisant qui permet une transformation rapide.

Hypnose ericksonienne

Une méthode crée par Milton ERICKSON – psychologue et psychiatre américain, 1901-1980 – Le praticien induit un état de conscience modifié léger grâce auquel vous pouvez orienter votre attention vers un but spécifique. Cette technique est réputée pour son action sur l’angoisse et les dépendances.

Programmation neurolinguistique – PNL

Une méthodologie élaborée par Richard BANDLER – philosophe – et John GRINDER – linguiste – tous deux américains et contemporains – qui vise à modéliser les compétences cognitives et comportementales des personnes qui réussissent particulièrement bien dans leur profession et dans leur vie et à en tirer une synergie positive au changement, au travail et à l’intelligence collective.  

Théorie psychocorporelle

Une thérapie de Wilhem REICH – psychiatre et psychanalyste américain – 1897-1957 – qui vise à donner une place privilégiée au travail sur le corps pour apaiser les maux de l’esprit et libérer vos émotions. Elle repose sur le décryptage des maladies ou douleurs qui affectent le corps (troubles fonctionnels ou somatiques) et alterne la verbalisation du ressenti psychique, émotionnel, corporel avec un travail sur le corps – relaxation, libération des émotions, massages thérapeutiques – renouant ainsi avec l’importance du contact physique.

Thérapies cognitivo-comportementales et émotionnelles ou comportementalistes – TCC et TCCE

Une théorie de John Broadus WATSON – psychologue américain, 1878-1958 – qui défend l’idée selon laquelle la psychologie devrait se centrer sur l’étude des comportements. Un travail peaufiné par Albert ELLIS – psychologue américain, 1913-2007 et Aaron TEMKIN BECK – psychiatre américain contemporain. Une pratique qui vise à endiguer les pensées négatives et les croyances, et à apprendre de nouveaux comportements.

Ces disciplines peuvent se conjuguer ensemble ou séparément. Elles apportent des solutions immédiates, ou à plus long terme, selon chaque personne.

Psychologie positive

L’essentiel, c’est de vivre plus heureux. La psychologie dite positive trouve ses racines dans la philosophie ancienne, particulièrement chez les philosophes de la vertu du bonheur comme Aristote, Epicure, Confucius, Lao Tseu, Alain, Emmanuel Kant, Spinoza…

Développée et remise au goût du jour par Martin SELIGMAN – écrivain américain contemporain – la psychologie positive cherche à donner un sens à la vie. Elle part du principe que certaines personnes surmontant mieux les difficultés de la vie que d’autres, il est donc possible de trouver des moyens de développer ces qualités chez tout un chacun. Elle tend à privilégier votre santé et votre bien-être, à vous rendre plus résilient et optimiste – à trouver et à libérer les ressources psychologiques nichées au fond de vous-même. Elle promeut l’épanouissement et l’accomplissement de soi au niveau individuel, groupal et social. Des psychologues et des auteurs humanistes comme Carl ROGERS, 1902-1987 et Abraham MASLOW, 1908-1971, s’inscrivent dans cette approche.

Et si le bonheur, c’était d’apprendre à ne pas gâcher sa vie – apprendre la démarche qui positive. Luce JANIN DEVILLARS s’inscrit dans cette approche de la Psychologie positive, tout en ayant la capacité de vous faire emprunter un chemin plus long – en profondeur – au travers de la psychothérapie et de la psychanalyse. Elle est d’ailleurs membre de la SFPI, la Société Française de Psychanalyse Intégrative qui promeut l’utilisation de plusieurs méthodes pour accompagner les personnes.

Neurosciences

Les neurosciences portent sur l’étude scientifique du système nerveux, de sa structure à son fonctionnement, de la cellule – le neurone – jusqu’au niveau des organes, comme le cerveau et l’organisme tout entier. En sa qualité de chercheur, Luce s’intéresse aux neurosciences et suit attentivement l’évolution des connaissances scientifiques en ce domaine. Elle y trouve principalement des informations concernant la plasticité neuronale – neuro-plasticité cette capacité du cerveau à se modifier dès la phase embryonnaire, et lors des apprentissages mais aussi de toutes les pratiques d’accompagnement et de développement personnel – psychanalyse, psychothérapies, coaching, méditation.

Travailler avec Luce JANIN DEVILLARS, c’est bénéficier d’une approche intégrative exactement adaptée à vos besoins. Grâce au travail personnel que vous ferez avec elle, vous deviendrez plus autonome, plus libre, vous développerez votre intelligence émotionnelle et votre intuition au service de vos aspirations et de votre projet de vie. Vous aurez de meilleures relations avec les autres car, en vous changeant vous-même, vous changerez aussi ceux qui vous entourent.


Secret professionnel et médical

Tous les psy sont soumis au secret professionnel, voire au secret médical. En groupe, les participants s’engagent à ne divulguer aucunes informations concernant les participants. Mais par définition, le secret ne peut être garanti comme lors d’une consultation en individuel.


Prise en charge de vos consultations Psy

En France, les séances ne sont pas prises en charge par l’Assurance maladie, sauf si le psychologue ou le psychiatre-psychothérapeute exerce dans une structure de santé publique. Certains psychiatres acceptent d’établir une feuille de soins de manière limitée et certaines assurances complémentaires les remboursent en partie.


LUCE  – VOUS AIDE A VIVRE MIEUX


Psychologue, Psychanalyste et Psychothérapeute, Luce détient les trois compétences. Un bon diagnostic conduit vers une démarche adaptée et de bon augure. Luce vous oriente au mieux de vos besoins et de vos aspirations. Elle vous entraîne vers le travail à entreprendre pour vous débarrasser des pseudo contraintes qui vous freinent, et vivre plus confortablement. 

Lieu : Issy-les-Moulineaux    

Dates : à définir ensemble.

Durée et coût : 

Séance de groupe de 3 h – 160 € par personne

Séance individuelle 1h : 100 €

Pour vous inscrire : contact@janindevillars.frTéléphone : 06 79 68 88 91

LUCE JANIN DEVILLARS - Psychologue, psychanalyste, psychothérapeute, coach et formatrice
Eté comme hiver – Rester en prise directe avec la nature

LUCE – SES LIVRES ET SES ARTICLES 


De la vocation à l’addiction – de Luce JANIN DEVILLARS

 La métamorphose

Je ne suis pas une spécialiste de la drogue. Ce qui m’intéresse, ce sont les avatars, les métamorphoses d’une existence. Ces trajectoires de vie dans lesquelles chacun de nous s’engage, plus ou moins volontairement, souvent de manière parfaitement inconsciente, à partir de l’environnement, de la culture qui nous ont été conférés de naissance – c’est dire notre impuissance en ce domaine – mais aussi à partir de notre histoire telle que nous l’avons désirée et, plus ou moins, contrôlée. Des travaux consacrés aux trajectoires d’ascension et de descension sociale m’ont amené à réfléchir sur les mécanismes psycho-sociaux à l’oeuvre dans ces différents processus. Ce qui faisait qu’un individu ordinaire, marqué du sceau de l’insertion – famille, emploi, appartement – se retrouvait, parfois brutalement, en situation de déshérence absolue.

Ces questions posant naturellement le référent contraire : qu’est-ce que la réussite quand elle se poursuit, souvent d’une génération à l’autre ? En collectant des récits de success stories sur plusieurs générations, je me suis aperçue que la transmission d’un savoir-faire, manuel ou intellectuel, constituait un facteur d’accomplissement important, en particulier quand le fil professionnel, tissé et renforcé à chaque génération, débouchait sur l’émergence d’une vocation chez l’un des membres de la fratrie.

La vocation

La vocation, quand elle surgit, apparaît le plus souvent, aux yeux de celui qui la vit comme aux yeux de son entourage, ainsi qu’une sorte de mouvement magique, un sortilège qui placerait le sujet devant la nécessité absolue de s’engager dans telle direction et d’y réussir. Or aucun de nous ne peut prétendre qu’il est la victime désignée d’un éros mythique, petit dieu amoureux qui tirerait une flèche dans notre direction sans nous donner la possibilité de refuser. La vocation est transgénérationnelle. Elle implique un individu mais le replace au coeur d’une très longue histoire, au sens historique du terme.

En même temps, la vocation n’est pas seulement ce mot hautement valorisé par l’imaginaire populaire qui va conduire  l’élu vers un destin conçu pour lui seul de toute éternité. J’ai fréquemment constaté que le chemin est parfois très étroit entre le désir de s’engager dans une voie ou une autre et cet impitoyable lien qui unit l’alcoolique à l’alcool ou le déprimé à son psychotrope. Comment une activité ou un produit, qui paraissent avoir été rencontrés par hasard – mais non sans raison – peuvent-ils s’instaurer comme le centre même du désir et de la jouissance d’une personne.

L’addiction

En écoutant des addicts, au sens habituel du terme, je me suis aperçue que la plupart d’entre eux évoquaient l’abus de produits licites ou illicites, mais toujours dangereux, en les banalisant comme s’il s’agissait d’une conduite de modernité ordinaire. Un ordinaire souvent associé à la performance. Grâce au cannabis, on pourrait écouter de la musique de manière différente : l’émotion ressentie serait plus forte et plus profonde. L’usage répété entraînerait le développement de certains canaux sensoriels comme on développe ses muscles en faisant de la gymnastique.

En écoutant des sportifs de haut niveau, des passionnés d’informatique ou de danse, j’ai ressenti la même impression. Les récits étaient différents, structurés par un régime alimentaire draconien, rythmés par le temps d’apprentissage de la danse, les entraînements, les répétitions.

Pourtant, dans les deux cas, des mots, identiques, me revenaient en écho :  défoncé, cassé, usé, meilleur, plus cool et, bien sûr, plus performant. Or le fait de se défoncer, d’être cassé, paraissait, pour beaucoup, représenter un comportement particulièrement moderne, à l’intérieur de ce que je suis bien obligée de nommer une pathologie de l’excès, devenue non la règle de tous mais l’ordinaire de certains.

La culture et la modernité

Ce terme de modernité m’a semblé bizarre parce qu’elle conférait au mot une sorte de qualité, de ressource que ses effets démentaient. Je savais bien qu’aucune culture, qu’aucune société n’avait échappé à l’utilisation de substances, inutiles à leur survie, destinées à donner accès à l’invisible : communiquer avec les ancêtres morts, recevoir conseils et soins de la part de l’inconnaissable et du divin, l’ayahuasca – plante hallucinogène – chez certaines tribus indiennes par exemple.

En France, la consommation de stupéfiants s’est instaurée à la fin du XVIII° siècle, a culminé au XIXe avec les fumeries d’opium, des endroits où vont se retrouver- en principe – des créateurs, avec le souci de prendre en commun un produit qui leur permettrait d’élargir leur champs de conscience, de développer leurs capacités artistiques.

J’évoque là un petit monde clos, douillettement protégé par de lourdes tentures d’inspiration orientaliste comme le veulent les standards de l’époque, quand on s’adonne aux douceurs d’une bonne pipe. Ce qui n’exclue ni la déchéance, ni l’overdose mortelle. Et c’est ici que se repère le lien entre vocation et addiction, dans ce sentiment d’être comme « dévolu » à l’art  – ou à autre chose – mais aussi à l’emprisonnement.

Car la plupart des attitudes qui s’associent à l’addiction, appauvrissement des relations affectives et amoureuses (le produit remplace tout), détachement quant à l’environnement social – école buissonnière, arrêts de travail à répétition – mais aussi euphorie et accroissement de l’imagination, se retrouvent chez grand nombre d’individus engagés dans le très étroit sillon de la vocation.

Le phénomène de la drogue comme celui de la vocation s’inscrit donc en creux dans notre culture, il en marque les limites, la finitude. Car le sujet consommateur s’absente, plus ou moins délibérément, du champ social et de ses règles en supprimant ce qui en constitue l’essence, soit la relation d’altérité.

Lacan, Sade,  Kant, et Dieu 

Le sens premier du terme vocation est de nature religieuse et métaphysique. C’est un appel qui provient de Dieu. Du coup, celui ou celle qui le reçoit est confronté à une demande impérieuse qui ne lui laisse qu’une étroite marge de libre-arbitre. Comment résister à ce qui nous dépasse, qui s’inscrit en deçà et au-delà de nous ? Dans un de ses articles, publié en 1962 – Kant avec Sade, in Ecrits, Le Seuil, 1966, article destiné à présenter deux livres du marquis de Sade, Justine ou les malheurs de la vertu et La philosophie dans le boudoir, Lacan explique que le mal, selon Sade, est un équivalent du bien tel que le conçoit Kant. Pour Kant il existe, en chaque être humain, un amour du Bien sans que le sujet n’en possède une connaissance rationnelle que Kant va nommer Dieu.

Ce que Lacan s’essaie à démontrer c’est qu’il existe dans la perversion, soit l’amour de la transgression qui n’est pas, on le voit, sans rapport avec l’addiction, une caractéristique qui tend à amener le sujet à se donner en objet de jouissance offert à Dieu dans un désir inconscient d’anéantissement de soi. Or, c’est précisément dans cette néantisation de soi, cette tension permanente du sujet vers un seul et unique objet, métier, activité sportive, aspiration religieuse ou substance toxique que se noue le lien entre vocation et addiction.

L’objet de la psychologie est de nous donner une idée tout autre des choses que nous connaissons le mieux.
Paul Valery – écrivain, poète – philosophe, 1871-1945.