Le billet

Dans cette mince feuille tu renaîs si fort que j’entends battre ton coeur et vois saillir les veines en marge Elle palpite et se crispe Tu l’animes Elle tremble Les mots comme des flocons de neige tombent et nous atteignent fondent et disparaissent se retrouvent et renaissent intemporels et plus vivants que le hurlement du loup   Feuille et chair chair et os Le masque se soulève il parle enfin

Rouge et noir

Sang et neige La pluie s’accroche au miroir fêlé du ciel tranchantes gouttelettes Le vent râle ou bien c’est le vieil homme au seuil de la mort   Sang et neige le ciel s’est embrasé Des éclairs claquent Le doigt sur la gachette un oiseau voudrait s’emparer de la lumière Mais elle glisse et se faufile et toujours plus haut vole   Faim et sang Une vieille crainte renaît dans les maisons où se terre le sang

L’amour

L’amour élargit l’espace intérieur Autour de lui je me situe et je m’oriente Je ne dis pas Par rapport à lui Juste comme autour de son axe la terre se charge d’ombre et de lumière

Musique de la douleur

Rire jusqu’à en crever pleurer jusqu’à en rire   Afin que la douleur jaillisse de la peau comme une fleur du mal géante et épanouie   Ou bien creuser son trou comme une bête s’y enfouir croire pour ne plus croire penser jusqu’à l’absurde deviné pour que les pas sonnent le creux dans la tête pour qu’ils soient confondus avec le souffle d’une fantastique horloge   La douleur se fait douce alors Elle fait comme une seconde peau

Vivre

Donnez moi quelque chose pour vivre une main un visage l’ombre d’une ombre   Je n’en peux plus de ces murs de ces mots qu’ils ne prononcent pas je hais leur silence leur bonne conscience leurs sautillements de moineaux Je frotte ma douleur aux reins   Donnez leur donnez moi du sens et tout le reste n’est que fioritures lambris défaillants d’une pièce qui se désagrège Voutes dédorées pour accords d’orgue dans une église déserte

Cheval de bois

Une grue où l’espace se suspend Sans fin commencement ni passé ni passants   Une tour de béton et un enfant Qui regarde à la fenêtre Qui contemple un oiseau au coin du ciel   Un oiseau sur une grue Lissant ses plumes d’orgueil Parce qu’il vient de croquer une lame de printemps   L’enfant enfourche alors le merveilleux cheval De bois à roulettes Celui qui galope et même vole Qui comme le miracle des grottes l’emporte et s’ouvre   Mais jamais l’enfant n’essaiera jamais de faire croire …

Silence

J’ai peur Je réclame un supplément d’âme ou de courage. Sur la scène de l’histoire Le silence s’est installé